Près de 20 ans que je cours après... Mardi dernier, je l'ai attrapé ! Je suis donc le dernier lauréat du prix du quai des Orfèvres !!! Je suis très très très très très très content :-)
"Que de monde ! Vous êtes plus nombreux que les élèves d’une classe de prépa, j’ai l’impression ! C’est vous dire s’il y a du monde ! Et il se chuchote que vous êtes venus pour me voir avant que de pouvoir me lire.
L’occasion est trop belle et je la saisis pour vous détailler le parcours qui m’a mené devant vous aujourd’hui. Et vous convaincre que Molière disait vrai en affirmant que le chemin est long du projet à la chose.
2006… Ce n’est pas tout jeune vous en conviendrez… Je réussis l’agrégation de Physique juste avant que mon deuxième fils, Zacharie, ne naisse. Le timing est parfait. C’est à cette date que, mon esprit libéré des formules de physique et des protocoles de chimie, l’idée d’écrire un roman policier germe en moi. Plus jeune, j’ai déjà commis une dizaine de pièces de théâtre et trois romans moisis de littérature blanche alors je me dis que, fort de la lecture de l’œuvre complète de Frederic Dard, je dois en être capable.
Et DélitMotion.com voit le jour en 2007. Son incipit est très San Antoniesque jugez plutôt : « Pour tout vous dire, je suis dans une sacrée merde ! », et la suite est du même tonneau. Il est écrit à la première personne du singulier, au temps présent, il est truffé de blagues et de jeux de mots plus ou moins réussis.
Son héros, le commissaire Kuhn, à la tête du commissariat du 15ème arrondissement, se dépatouille avec une enquête à l’intrigue bancale. Rien de bien étonnant : encore novice, je me suis lancé dans son écriture sans avoir une vue d’ensemble de son énigme que j’ai dû résoudre en même temps que mes personnages… J’en ai bavé croyez-moi ! Mais je suis allé au bout. Et, sans vergogne, je décide donc de présenter le manuscrit au célèbre Prix du Quai des Orfèvres. A l’époque, 2007 donc, il convenait d’imprimer son roman puis de l’envoyer par la Poste ! Les temps changent comme dirait MC Solaar. Première tentative, premier échec. On me fait savoir qu’il y trop d’approximations dans les procédures policières. Soit !
2008, j’écris Vidi Pereo aidé par l’ami d’une amie qui est policier afin de tenter d’éviter les erreurs susnommées ! Mon héros, le commissaire Kuhn intègre donc la célèbre brigade criminelle, sise alors quai des Orfèvres et traque un mystérieux tueur en série qui arrache les yeux de ses victimes. J’ai vu… Je meurs… Pour ceux ici, peu nombreux j’en suis sûr, qui ne parlent pas le latin. Deuxième essai, deuxième échec. Pourtant ce roman reste l’un de mes préférés comme nous l’allons voir tout à l’heure…
2009, j’écris Les fils. Librement inspiré de l’affaire du gang des barbares, le commissaire Kuhn enquête sur un réseau de drogue tandis que, dans le même temps, son fils aîné est fauché par un chauffard le laissant dans le coma. Troisième essai, troisième échec.
2010, j’écris Celle qui reste. Le commissaire Kuhn et son équipe (à laquelle je commence à m’attacher pour paraphraser le célèbre philosophe Christophe Mae), enquête sur un réseau de prostitution après la découverte d’une main de femme dans l’enclos des cochons du jardin des Plantes. Quatrième essai, quatrième échec. Mais un gentil mot de Monsieur Mazel alors secrétaire général du Prix qui m’encourage à concourir de nouveau. MONTRER 1ère LETTRE.
2011. J’écris Ad personam, sous la supervision du commandant Leveque-LeGoff, un ami de ma belle-mère (celle de l’époque, elle a changé depuis). Le commissaire Kuhn est pris à partie personnellement par un serial killer qui tue des prostituées dans le quartier de la goutte d’or à Paris en reproduisant les meurtres du célèbre Jack l’éventreur. Cinquième essai et… Je suis sélectionné pour être lu par le jury ! Monsieur Mazel me l’annonce en juin 2012 et il me faut attendre jusqu’en septembre pour qu’il me rappelle et m’annonce… Que j’ai perdu ! C’est Danielle Thierry qui, cette année-là, avec Des clous dans le cœur, remporte le prix du PQO 2013. Monsieur Mazel m’explique que la délibération a été serrée entre mon roman et celui de Danielle et il sait trouver les mots pour m’encourager, encore et encore à continuer !
2012 et 2013, je retouche Vidi Pereo, en modifie le style puis la chute et le représente… Sixième essai, septième essai. Sixième échec, septième échec.
2014 J’écris La position des tireurs couchés dont le titre rend hommage à Patrick Manchette, inventeur du neo-polar dont je suis un grand admirateur. J’abandonne le commissaire Kuhn et met en scène cette fois-ci Zlatan Gubic, tireur de haute précision à la BRI. J’essaie d’être le plus réaliste possible et je crois que j’y parviens. Hélas, huitième essai, huitième échec…
Mais, entre temps, Ad personam est édité sous le titre du Jeu de l’assassin et connaît un petit succès d’estime. Le journal de ma ville, Vanves, m’interviewe et l’article qui consigne cet entretien est titré « Je veux gagner le Prix du Quai des Orfèvres ! » et il finit sur ces mots : « Il l’aura ce Prix. » MONTRER L’ARTICLE.
2015, 2016, 2017 Je ne participe pas car 3 de mes livres dont Celle qui reste, devenu La fille qui en savait trop, sortent en librairie et je tente de les faire connaître au plus grand nombre en courant les salons littéraires aux quatre coins de la France. Pour un résultat que je qualifierai de mitigé.
2018 J’écris La Terre en colère. Le commissaire Bonfils, chef de section à la Crim’ fait face à un gang d’éco-terroristes prêt à tout pour marquer les consciences face aux dérèglements climatiques, même au pire. Le roman se hisse une nouvelle fois jusqu’à la sélection finale. Hélas, on m’apprend en septembre que Le Cercle des impunis de Paul Merault remporte le prix 2019. Neuvième essai, neuvième échec mais M.Mazel me fait savoir que Monsieur Franz-Olivier GIESBERT aurait comparé mon écriture à celle de Monsieur Ruffin et cela me fait plaisir. Même si je ne sais pas, n’ayant osé demander, s’il s’agit du député de la Somme ou du prix Goncourt 2001.
2019 J’écris Vol AF747 pour Tokyo. Un de mes romans préférés. On y découvre le commandant Pierre Choulot (anagramme d’Hercule Poirot) récemment retraité de la Financière. Ce dernier doit découvrir qui a tué le commandant de bord retrouvé mort dans le cockpit de l’avion qui l’emmène en vacances ! Un meurtre en chambre close, en cockpit clos pour être précis, old school, vintage, un clin d’œil aux lectures de ma jeunesse, Christie, Doyle, Carr… Hélas, il ne plaît pas ! 10ème essai, 10ème échec…
2020 Je présente Oeil pour œil, une version remaniée de Vidi Pereo dans lequel le commissaire Kuhn se transforme en Gaël Takeshi, commandant de police nippo-breton que les lecteurs du prix 2017 retrouveront dans ses pages… 11ème essai, 11ème échec.
2021, 2022, 2023… Curieuses années COVID. Je ne participe pas et me relance dans les études pour devenir agrégé d’informatique par voie interne.
2024 J’écris Cold Case sous les tropiques aidé par Isabelle Thierry, juge au pôle Cold Case de Nanterre… Hélas, l’héroïne Marthe Gasquet est une juge, pas une flic. Il est donc retoqué. 12ème essai, 12ème échec.
2025. Non seulement je ne participe pas au prix cette année-là mais je lui suis infidèle puisque je présente au prix du roman de la Gendarmerie un manuscrit narrant l’enquête de deux gendarmes au sein du Centre Européen de la Recherche Nucléaire, sur la frontière franco-suisse. Intitulé Les meilleurs sont sous terre, ce roman remporte la 5ème édition de ce jeune prix littéraire. J’espère qu’on saura, ce soir, me pardonner pour cette incartade.
2026… Vingt ans après avoir écrit mon premier polar, j’écris Seine de crime et, comme l’atteste ce discours, c’est la consécration. Au 13ème essai !!! De là à y voir un signe, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai point…
Donc, après ce panégyrique de la ténacité et de la persévérance qui, je l’espère, sera entendu par mes fils, dans la lignée de Roland Garros qui affirmait que la victoire appartient au plus opiniâtre, il est temps pour moi de remercier celles et ceux qui ne sont pas étranger à ma présence devant vous ce soir.
Tout d’abord, merci à mes parents, mes sœurs qui me lisent depuis le début sans se moquer devant tant d’acharnement. Un clin d’œil à ma compagne qui n’a pas pu venir, retenue par un conseil d’administration dans le lycée qu’elle dirige.
Merci à tous ceux qui m’ont lu, corrigé et encouragé à persévérer. Je pense à M.Mazel, je l’ai dit, mais aussi à Marie-Thérèse, Carole, Guillemette et Florian mes plus fidèles relecteurs et correcteurs !
Merci à Mesdames et Messieurs du jury qui ont su, cette fois-ci, faire pencher la balance de mon côté. J’avais si peur que l’adage « jamais deux sans trois » ne se réalisât !
Merci à mes nouveaux éditeurs chez Fayard, Margaux, Jean-François et Estelle. J’espère que notre collaboration sera perenne et pleine de best sellers.
Enfin, merci à la Police Nationale d’avoir créé ce Goncourt du polar dont je suis si fier, après, entre autres, Jacques Levert en 1946 ou Christophe Molmy l’année dernière, d’être le soixante-dix-neuvième et dernier lauréat."
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