lundi 12 décembre 2016

Une critique de Cassiopée...

...pour le site Un Polar Collectif




Tu seras un homme, mon fils !

Dès les premières pages, on se trouve en 1945, en Allemagne, Anna fuit et cherche un abri. On ne sait pas pourquoi elle est là à errer et ce qu’elle cherche, peut-être, à oublier…  Quelques pages plus loin, bienvenue dans l’année 2012 avec un vol surprenant dans un musée… Déjà, on se doute qu’il va y avoir un lien entre les deux époques mais on se demande comment raccrocher les morceaux. Nils Barrellon va réussir cela avec précision, doigté, humanisme, accompagné par une écriture de qualité. Pour les faits du passé, il a, probablement, effectué un travail de recherche très approfondi et l’atmosphère présentée est, de ce fait, très réaliste. Pour les autres années (car il n’y a pas seulement les deux que j’ai évoquées), tout est mis en place dès les premières lignes de chaque chapitre (introduit par la date) pour qu’on sache très vite le lieu et quels sont les personnages qui s’expriment.  A la manière d’un gigantesque puzzle, il va reconstituer l’histoire d’une famille. Parfois, une même situation est vue par plusieurs protagonistes, offrant ainsi des approches variées.

 Anna est une femme mystérieuse que l’on découvre petit à petit. A sa façon, elle est intègre et elle laisse, pour son fils, une trace de son lourd secret. Bien plus tard, Jacob, jeune musicien fougueux se retrouve confrontée à une agression qui le déstabilise et il fait le choix de comprendre ce qui a pu provoquer  cette offensive contre lui. C’est un chemin douloureux qui va s’ouvrir à lui, avec des choix difficiles à faire. Mais il est opiniâtre, volontaire, droit et il ne peut pas vivre avec des questions sans réponse.  Alors, parfois fougueusement, parfois méticuleusement, il va progresser, avancer jusqu’à une révélation finale qu’il sera obligé d’intégrer car faisant partie de sa destinée.

 Je pense qu’il est ambitieux d’écrire des romans où se mêlent les dates, les endroits car la moindre erreur « de tempo » peut se payer cash. Je ne sais pas comment l’auteur a construit son récit. Avait-il un gigantesque « arbre » avec tous les tenants et aboutissants et des notes sur chacun afin d’éviter de se tromper ? En tout cas, c’est remarquablement huilé, tout s’imbrique, par bribes, à merveille. Le rythme est soutenu, l’alternance des points de vue enrichit le texte et les individus sont bien intégrés au fil du temps. Bien sûr, il y a de « méchants espions » (un peu « lourds », bien fait pour eux s’ils leur arrivent des bricoles) et des gentils. Mais si on garde une vue d’ensemble, ce côté manichéen est quand même à sa place. L’approche psychologique des hommes et des femmes est amenée intelligemment, petit à petit. J’ai apprécié l’évolution de la capitaine Hoffer et celle de Jacob qui m’a semblé « grandi » par ses prospections.

 Une fois encore, si besoin est, cet opus nous rappelle combien le passé nous colle à la peau, combien il est difficile de vivre lorsqu’on découvre des zones d’ombre dans nos antécédents, combien chaque homme place haut l’exigence de la transparence et l’oubli des non-dits dans les familles. Certains diront que toute vérité n’est pas bonne à dire, que de temps à autre, il vaut mieux se taire…. Je ne crois pas que Jacob aurait pu continuer à vivre s’il n’avait pas su (malgré le « prix » à payer).  Je dirai qu’il avait la nécessité de connaître la vérité, non édulcorée, pour « être entier » dans le sens où une personnalité ne peut s’accomplir correctement s’il lui « manque des morceaux ». A la manière de ce polar, Jacob s’est bâti sous nos yeux, devenant de pages en pages, un être capable de discernement, de rébellion clairvoyante et aimant la vie par-dessous tout.

 Encore un auteur à suivre chez Jigal, et une envie furieuse de mieux le connaître en lisant ses autres titres !



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